Transformer la flotte à l’heure de WLTP

Fiscalité, environnement, maîtrise des coûts… L’année 2019 s’annonce comme une année charnière pour les gestionnaires de flotte qui sont confrontés à de réels bouleversements. Philippe Ambon, associé chez holson, dévoile sa vision des enjeux liés à la gestion de la mobilité.

Philippe Ambon

Évolutions et contexte normatifs, cadre fiscal, enjeu environnemental. Quelle vision avez-vous à ce jour de la situation ?

PA : 2019 sera à coup sûr une année de débats et d’interrogations, et cela ne concerne pas seulement les gestionnaires de flotte. L’ensemble de la chaîne de valeur est concerné, à commencer par les constructeurs dont les offres sont sensiblement perturbées par l’entrée en vigueur de WLTP. Mais cela va plus loin car nous sommes face à un paradoxe. D’un côté, si l’on raisonne exclusivement en termes de TCO, le constat est clair : la fiscalité des flottes augmente avec le taux de CO2. C’est la vision héritée du protocole de Kyoto puis de la COP21 et des Accords de Paris visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cela conduisait à s’orienter vers les motorisations produisant le moins de CO2, en l’occurrence le diesel. Mais cette approche s’oppose avec celle de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) qui alerte notamment sur les émissions de particules fines (PM2.5 et PM10), et Nox principalement émises par ce même diesel. Vision partagée par les grandes métropoles qui proscrivent peu à peu les véhicules diesel (et à terme l’ensemble des véhicules thermiques) dans les centres-villes. Ajoutez à cela le flou fiscal de fin d’année 2018 sur la TVS, la TICPE ou la date de bascule de NEDC corrélée en WLTP et vous comprenez à quel point les arbitrages des responsables de flotte sont compliqués !

Comment le gestionnaire de parc doit-il se positionner face à tant d’incertitudes ?

PA : Pour contraindre les coûts, il va falloir plus que jamais se montrer agile. La vague d’incertitude doit en effet inciter les acteurs gérant des flottes à élargir le nombre de leurs partenaires en jouant sur toutes les variables possibles : marques, modèles, durée de financement, loueurs et les alternatives au diesel. Les constructeurs et les loueurs s’adaptent à ces nouvelles contingences de marché à des rythmes variés créant des opportunités de marché. C’est donc le moment de sortir des dogmes tel que la notion « d’acheter seulement des marques françaises ». En effet, leur retard sur le marché des hybrides (notamment rechargeables) ou essence impose de garder une attitude opportuniste pour parvenir à contraindre les coûts. C’est une façon de préserver des partenariats existants tout en ouvrant le marché à de nouveaux acteurs. Le gestionnaire de flotte, bien renseigné, devrait donc davantage tenter de tirer le meilleur profit possible pour son entreprise : maîtrise du TCO, satisfaction des collaborateurs, efficacité dans la conception de la mobilité, etc.

Quelle incidence ces facteurs peuvent-ils avoir sur la façon de concevoir les car policies ?

PA : L’équation TCO/environnement est si complexe que la façon de concevoir la car policy doit nécessairement évoluer. La notion de l’usage du véhicule doit être la nouvelle clé de voûte d’une car policy. Ces profils conducteurs, selon le roulage annuel, leur lieu de roulage principal (urbain, montagnard, autoroutier, etc.) sont en effet déterminants sur le type de motorisation et donc le TCO optimisé. En effet, à chaque profil correspondra une gamme de véhicules auquel le collaborateur peut prétendre, ce qui mécaniquement conduit à une démultiplication des modèles à intégrer dans la car policy. Pour répondre à chaque type d’usage, le gestionnaire de parc devra nécessairement explorer les gammes de motorisations qu’il ne prenait pas nécessairement en compte auparavant. Un constructeur comme Hyundai, qui couvre toutes les énergies (thermique, hybrides, électrique et hydrogène), devrait naturellement trouver sa place dans les car policies 2019. Ce contexte de marché replace le gestionnaire de flotte au cœur de la construction de la car policy : il est celui qui connaît le mieux l’usage du véhicule qui est fait par les conducteurs, données clés pour effectuer le profilage de la car policy. Plus que jamais, il doit aujourd’hui être au plus près de la Direction des ressources humaines et travailler main dans la main avec la Direction des Achats ou la Direction Financière.

Le premier trimestre 2019 s’annonce donc chargé pour les gestionnaires de flotte qui doivent vraiment sonder le marché en permanence pour ne pas laisser échapper les opportunités qui pourraient émerger.