L’hydrogène aujourd’hui : une réponse aux enjeux de mobilité ?

L’hydrogène est-il une réponse aux enjeux de mobilité d’aujourd’hui comme de demain ? C’est pour débattre de cette question que l’ensemble des acteurs majeurs de la chaîne de valeur avait répondu à l’invitation de Bertrand Piccard, Hyundai et Air Liquide, au Pavillon Gabriel à Paris, le 21 septembre dernier. Reportage.

Quel meilleur ambassadeur pour évoquer la mobilité durable que Bertrand Piccard, qui est parvenu à réaliser un tour du monde à bord de son avion solaire SolarImpulse ? Aux côtés de Pierre-Etienne Franc, directeur de l’activité mondiale Hydrogène Énergie pour Air Liquide, François Boissier directeur général délégué de l’ADEME, Christophe Aufrère, vice-président et directeur technique de l’équipementier Faurécia, ou encore Mathieu Gardies, fondateur de la compagnie de taxi Hype, le célèbre « savanturier » Suisse a défendu avec conviction sa vision d’une mobilité plus propre.

Vers un mix énergétique au service de la mobilité

Les motorisations hydrogène constituent-elles la seule et unique réponse aux enjeux de mobilité du futur ? Chacun des acteurs en présence s’est accordé sur ce point : à l’heure actuelle la chaîne de valeur n’est pas assez mature pour constituer une alternative globale, mais c’est l’un des maillons de la chaîne. « D’autant que l’hydrogène n’est véritablement écologique que s’il est produit par électrolyse via des énergies renouvelables », a précisé Pierre-Etienne Franc. Mais, sous cette condition « les motorisations hydrogène sont à la fois logiques et écologiques », a affirmé Bertrand Piccard. A cela, plusieurs explications : les véhicules à hydrogène n’utilisent pas de batterie, car ils produisent leur propre énergie électrique grâce à une pile à combustible qui met en contact l’hydrogène stocké dans le réservoir et l’oxygène contenu dans l’air. Une technologie qui « offre une autonomie comparable aux véhicules thermiques, un prix au kilomètre comparable à celui du gasoil et la possibilité d’effectuer une recharge complète du réservoir en quelques minutes seulement », a indiqué Mathieu Gardies qui a opté pour l’hydrogène pour sa flotte de taxis parisiens. Une flotte qui va d’ailleurs prochainement s’exporter à Bruxelles.  « Aux origines de Hype, nous avons tenté l’expérience des véhicules électriques mais seul l’hydrogène pouvait répondre à nos impératifs », a affirmé le chef d’entreprise. Car la véritable réponse aux enjeux de mobilité « 0 émission », c’est bien le mix énergétique dont le seul arbitre acceptable est l’usage !

Faire évoluer les usages ou adapter les motorisations ?

Au cœur des débats : une question de méthode. Lorsque François Boissier, directeur de l’ADEME, estime qu’il faut d’abord faire bouger les mentalités, inciter à l’usage du vélo ou à repenser l’accès aux grands centres urbains, Bertrand Piccard quant à lui, considère que « vouloir imposer les changements de mentalités reste souvent contre-productif. C’est par l’incitation que l’on obtient des résultats ». Et l’aventurier de faire une proposition : « pourquoi ne pas libérer les voies sur berges à Paris pour les seules véhicules 0 émission ? Véhicules électriques à batterie ou à hydrogène, créer les conditions qui incitent à rouler propre, favorisera l’adoption de ce type de véhicules ».

Près d’un millier de camions à hydrogène Hyundai vont ainsi être déployés dans les 4 prochaines années. De quoi rentabiliser l’implantation de stations de recharge et inciter les consommateurs à opter pour des véhicules à hydrogène.

Un développement sous conditions 

Pour encourager l’adoption des motorisations hydrogène, plusieurs conditions sont nécessaires. « La première d’entre elles, c’est le maillage des stations de recharge, a expliqué Pierre-Etienne Franc. Une telle station coûte en moyenne trois fois plus cher à installer qu’une station service classique ». Pour faciliter les implantations, différentes initiatives émergent, à l’instar de ce partenariat noué en Suisse au sein duquel Hyundai est partie prenante. Près d’un millier de camions à hydrogène Hyundai vont ainsi être déployés dans les 4 prochaines années. De quoi rentabiliser l’implantation de stations de recharge et inciter les consommateurs à opter pour des véhicules à hydrogène. « Ce genre de partenariat permet de résoudre l’éternel débat de la poule et de l’œuf, a ironisé Bertrand Piccard, quand les acteurs s’entendent pour avancer, c’est la poule et l’œuf en même temps et cela fonctionne ». Car au bout du compte, au-delà des contingences techniques économiques et écologiques, ce sont bien les volontés qui font la différence. « Développer des véhicules à hydrogène est encore un investissement a conclu Lionel French Keogh, directeur général de Hyundai Motor France. Nous consentons des efforts importants pour que l’écosystème puisse se développer et les constructeurs doivent prendre leur part de responsabilités ». Parce qu’industriellement quelques constructeurs sont déjà prêts, les motorisations alimentées à l’hydrogène sont déjà une réalité de terrain pour de nombreux acteurs. Ne manque plus finalement qu’une impulsion politique pour que cette alternative raisonnable et cohérente prenne définitivement place dans le mix énergétique des flottes d’entreprise.