Financement du parc automobile : la LLD toujours privilégiée

Alors que la fiscalité flotte pèse déjà lourdement sur le coût de détention des véhicules, le législateur ne cesse de l’alourdir à coup de nouvelles réglementations, taxes ou autres normes. Une évolution en lien notamment avec le réchauffement climatique et la détérioration de la qualité de l’air, liés en partie aux impacts des émissions de CO₂ ou autres particules fines. Face à ce contexte et afin d’éviter de payer chaque année un lourd tribut à l’administration fiscale, les entreprises ont tout intérêt à repenser leur Car Policy et à engager leur transition énergétique.  

Éclairage avec Alain Guillemier, Expert en optimisation et gestion de flotte automobile, Aficar Mobility.

En dépit de la norme IFRS 16 sur les loyers, la location longue durée reste la solution de financement des flottes automobiles la plus utilisée par les entreprises.

Comment bien choisir le mode de financement pour sa flotte automobile ?

Alain Guillemier : Si les entreprises ont le choix entre différentes solutions pour financer leur flotte automobile (remboursement des indemnités kilométriques, achat, crédit-bail, location avec option d’achat), la Location Longue Durée (LLD) reste de loin celle qu’elles plébiscitent le plus aujourd’hui.  Ce mode de financement est d’autant plus apprécié que le loyer mensuel permet d’intégrer un certain nombre de prestations selon les besoins des entreprises (assurance, maintenance, gestion des pneumatiques, véhicule de remplacement, assistance, etc.) et d’adapter le contrat et notamment le couple durée/kilométrage en fonction des usages réels des conducteurs. Le montant du loyer est ainsi calculé en fonction de ce couple km/durée, du prix du véhicule neuf avec la remise constructeur octroyée, des prestations retenues par l’entreprise et de la valeur de revente résiduelle du véhicule. Ce paramètre, transparent pour le locataire peut représenter jusqu’à 50 % du loyer mensuel…

La LLD présente également l’avantage de louer une voiture neuve sur une période pouvant aller jusqu’à 5 ans. Ce système est vertueux pour les kilométrages importants. Pour l’entreprise, c’est le choix de la sécurité : elle ne touche pas à ses actifs, n’immobilise pas ses capitaux, lisse ses dépenses sur la durée et n’endosse pas les risques liés à la revente, les véhicules étant repris en fin de contrat par le loueur. En outre, ce mode de financement est aussi un mode de gestion et de suivi opérationnel du parc (suivi des entretiens, contrôles techniques obligatoires…) pour, in fine, une seule facture mensuelle. L’entreprise bénéficie de l’expertise du loueur en matière de fiscalité ou d’éco-environnement. Ses prestations sont également la garantie, pour l’entreprise, de bénéficier d’une garantie mobilité en cas d’immobilisation du véhicule.

Quels vont être les impacts de la norme IFRS 16 sur la LLD ?

Alain Guillemier : Jusqu’à présent, les loyers des véhicules étaient comptabilisés comme une charge dans le compte de résultat mais n’apparaissaient pas au bilan des entreprises. Les entreprises pouvaient en effet déduire les loyers de leur compte de résultat, alors que l’acquisition ne permettait que de déduire les amortissements, un montant largement inférieur. Pour des raisons d’optimisation comptable et afin de ne pas alourdir leur endettement, les entreprises avaient donc plutôt tendance à privilégier la LLD pour financer leur flotte automobile.

Avec IFRS 16, un véhicule acheté et un véhicule loué pour plus d’une année ont le même impact sur le bilan de l’entreprise.

La norme IFRS 16, applicable en France depuis le 1er janvier 2019 change néanmoins la donne pour les entreprises cotées. Elle leur impose en effet désormais de traiter dans leur bilan les loyers longue durée (de plus d’un an) comme s’il s’agissait d’un investissement (CAPEX) acheté sur fonds propres, ce qui pèse sur le ratio endettement sur investissement (puisque cela augmente l’endettement). Avec IFRS 16, un véhicule acheté et un véhicule loué pour plus d’une année ont le même impact sur le bilan de l’entreprise. Pour autant, cette norme ne devrait pas être un frein au recours à la LLD pour les entreprises, d’autant que celles qui sont concernées ont pour la plupart toutes recours à cette solution de financement pour leur flotte automobile car il s’agit aussi d’une solution facilitant la gestion.

Quels conseils donneriez-vous à un responsable de flotte automobile pour mener à bien ses missions au quotidien ?

Alain Guillemier : Les évolutions réglementaires et fiscales liées aux véhicules, les innovations technologiques proposées par les constructeurs automobiles, les attentes des collaborateurs en termes de confort, de services et de sécurité ou encore la nécessité des entreprises de rationaliser leurs coûts complexifient de plus en plus la gestion des flottes automobiles. 

Si les entreprises disposent de personnes compétentes en interne pour traiter de ces différents points, le recours à des experts dont c’est le métier (loueurs longue durée, sociétés de conseils en gestion de flotte, captive de constructeurs etc.) peut leur permettre d’aller plus loin et plus vite dans leur démarche d’optimisation de leur parc automobile, quels que soient leurs objectifs et contraintes (transition énergétique, rationalisation des coûts, limitation du poids de la fiscalité, définition de la car policy…). Et là encore, il convient parfois de recourir à plusieurs prestataires pour jouer sur les coûts ou la profondeur de gamme de services proposés. Par exemple, à modèle et motorisation identiques, la valeur résiduelle d’un véhicule peut être différente d’un loueur longue durée à l’autre. En effet, cette valeur résiduelle dépend en partie du nombre de véhicules en parc dont dispose le loueur sur le modèle concerné. D’où l’intérêt parfois pour l’entreprise de s’appuyer sur plusieurs loueurs longue durée. Une  société de conseil spécialisée en gestion de flotte pourra pour sa part les accompagner dans la mise en œuvre d’une stratégie de mobilité globale, intégrant aussi bien des véhicules que des crédits mobilités ou du covoiturage, afin de répondre à tous les usages des collaborateurs en termes de déplacement professionnels, tout en tenant compte des contraintes de coûts des entreprises. L’entreprise de conseil pourra généralement conseiller en toute indépendance vis-à-vis des grands acteurs du marché.

Découvrez également l’interview de Alain Guillemier sur les sujets de la norme WLTP et du poids de la fiscalité sur le TCO